Interview de Fabienne van der Vleugel

Fabienne van der Vleugel – Présidente du Forum Mondial UIA des Centres de Médiation

Fabienne van der Vleugel, de nationalité belge et française, a commencé sa carrière professionnelle dans le département audit de KPMG. Elle est admise au Barreau de Bruxelles en 1996 puis au Barreau de New York en 1997. Après avoir travaillé chez Baker & McKenzie, elle rejoint le cabinet d’avocats associé à PricewaterhouseCoopers dans le département corporate de Bruxelles, puis à Paris, en sa qualité de manager dans le département Financial Services chez Landwell & Associés, et est admise au Barreau de Paris en 2002 sur la base de la directive européenne.  En 2007, elle constitue sa propre société d’avocats en région parisienne (Serris, Barreau de Meaux), et intègre immédiatement au sein de son cabinet VDV AVOCATS un département dédié aux méthodes alternatives de résolution des conflits, avec un bâtiment qu’elle conçoit et construit pour pouvoir organiser de façon appropriée les réunions nécessaires à la bonne gestion des médiations.

bMediation était représentée lors du 25ème Forum des centres de médiation qui s’est tenu au Val d’Europe à Marne-la-Vallée, les 22 et 23 juin 2018.
A cette occasion, bMediation a rencontré Fabienne van der Vleugel, Présidente du Forum Mondial UIA des Centres de Médiation et lui a posé trois questions.

« Le Forum mondial des centres de médiation de l’UIA (Union Internationale des Avocats) fêtait ses 25 ans sur le territoire du Val d’Europe, en région parisienne. Quel bilan tirez-vous de l’événement ?« 

« Plus de 70 participants représentant 23 pays différents ont eu l’occasion durant 2 jours consécutifs, fin juin 2018, de partager leurs réflexions sur le développement de la médiation et de s’interroger sur leurs pratiques respectives, pouvant ajouter ainsi une coloration internationale à leurs habitudes locales.
L’anniversaire des 25 ans du FORUM mondial des centres de médiation de l’UIA (Union Internationale des Avocats)[1] a été couronné d’un beau succès, et avait reçu le support d’un bon nombre de partenaires : Val d’Europe Agglomération, le Medef de Seine-et-Marne, les Conseillers du Commerce Extérieurs de la France, l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée (UPEM), la banque privée CIC EST, Real Estate Development by Euro Disney, l’Association des médiateurs d’Île-de-France (AMIDIF), l’Ordre des avocats du Barreau de Meaux, l’International Club 77 (IC77), du CEVE, les Affiches Parisiennes et le Moniteur de Seine-et-Marne.
Les sessions de travail en anglais – avec traduction professionnelle simultanée français/anglais – se sont succédées dans le respect du programme en traitant de divers sujets, tous aussi intéressants les uns que les autres.  En outre, l’enseignement découlant du Forum relève de la formation continue pour les avocats, ce qui ajoute un attrait qui n’est pas négligeable. »
En amont du programme, après les discours inauguraux, la première session très attendue a été animée par M. le Président du tribunal de grande instance de Meaux, Mme le Juge et référente médiation du tribunal de grande instance de Meaux, Mme la Présidente du tribunal de grande instance de Melun, Mme la Présidente du tribunal administratif de Melun et M. le Président de la 14e région des tribunaux de commerce.  Cette session a résumé très concrètement et de façon détaillée la pratique locale des diverses juridictions du département 77 (Seine et Marne).   Les explications claires données par les orateurs ont été d’un intérêt indéniable et déclenché de nombreuses questions/réponses[2].  C’est l’une des grandes richesses du FORUM : rassembler les différents acteurs de la médiation et autoriser des échanges et des dialogues constructifs, directs et positifs pour aller ensuite de l’avant, de façon encore plus éclairée.
Une autre session était consacrée à la médiation en milieu scolaire et universitaire, avec des exemples concrets de ce qui se fait au Portugal, en France, en Australie et au Liban.  Nous avons aussi eu l’occasion de traiter du sujet de la co-médiation.  De brillants orateurs venus d’Australie et des USA nous ont également livré des exposés extraordinaires sur la médiation parmi les populations autochtones – un sujet hors du commun qui a vraiment été époustouflant.
Le témoignage des trois entreprises EOZ, DEFTA GROUP et TOTAL a été un autre moment fort du FORUM et démontre à quel point aujourd’hui la médiation commence réellement à être reconnue par des utilisateurs, notamment certains grands groupes, comme constituant à part entière une méthode adaptée à la résolution de litiges à gérer.
Bref, le 25ème anniversaire du FORUM a permis la rencontre du monde judiciaire, les entreprises, médiateurs, avocats, professeurs et étudiants.  Dans la lignée des 24 précédents FORUM, il a été à nouveau un carrefour intellectuel autorisant de multiples débats, réunions et conversations, autorisant chacun des participants à peaufiner ses connaissances et à enrichir son réseau professionnel sur les divers continents.
Le vendredi soir, le FORUM a été reçu pour un dîner fabuleux au Château de Ferrières, au cours duquel les discussions se sont poursuivies dans un décor prestigieux[3].
En conclusion, ce 25ème anniversaire ne fait que confirmer l’enthousiasme partagé des personnes intéressées par la médiation de participer à ce type d’événement qui leur permet de s’informer et de se perfectionner, de relativiser et de partager, de s’interroger et de se documenter en toute transparence et simplicité, tout en découvrant un territoire.
Les participants sont tous repartis dans leurs pays respectifs avec de nouvelles idées et des objectifs plus précis. Le bilan est donc positif et aujourd’hui, nous préparons déjà le 26ème FORUM qui aura lieu du 8 au 9 mars 2019 en Suisse, à Zurich[4]. »

« Les échanges entre participants et intervenants ont montré que si les systèmes juridiques peuvent être très différents d’une région à l’autre du monde, les règles régissant la médiation sont en revanche similaires voire quasiment identiques. La médiation serait-elle « le » mode de résolution de différends internationaux ? »

« Il est vrai que la médiation constitue une méthode de résolution de conflits qui continue à faire ses preuves, non seulement au niveau purement local, mais aussi à l’international.  Les résultats sont de plus en plus tangibles et les témoignages démontrent l’efficacité indéniable des médiations conventionnelles et judiciaires – même si, bien entendu, il reste évident que la voie judiciaire est et restera nécessaire pour bon nombre de conflits où le juge doit pouvoir définitivement trancher le différend, dans le respect des règles de droit applicables.
Mais, avant la médiation, c’est la négociation qui reste d’après moi le mode privilégié des chefs d’entreprises désireux de gérer directement les conflits qui freinent la bonne exécution de leurs contrats et qui contrarient leurs objectifs.
Si ces négociations directes n’aboutissent pas ou si, pour des raisons propres au litige, ces négociations apparaissent inappropriées ou prétendument « impossibles », la désignation d’un médiateur permet effectivement de restaurer ce dialogue perdu.
Les caractéristiques générales de notre mission, en tant que médiateur, se recoupent, qu’on ait été formé dans l’un ou l’autre des pays d’Europe ou dans un pays anglo-saxon, qu’on relève de telle ou telle association ou école.  Chaque médiation exige qu’on lui consacre du temps, du travail, de l’écoute, de l’empathie, de la prise en considération des intérêts de chacune des parties, une concentration spécifique et continue.  Du reste, le code de conduite européen pour les médiateurs constitue un tronc commun qui existe déjà depuis bon nombre d’années.
Cela étant, le caractère international de la médiation déclenche aussi de multiples interrogations démontrant combien ce mode de résolution des différends est complexe et ambitieux – il n’est d’ailleurs pas exclu que, au vu de la pratique qui évolue, le code de conduite européen pour les médiateurs connaisse aussi une certaine adaptation.  Et le FORUM prouve aussi que les acteurs de la médiation ont toujours des points à discuter.
Comment assumer son rôle de médiateur lorsque les deux parties en conflit relèvent de cultures totalement distinctes ou de régimes juridiques rigoureusement différents ? Comment rester indépendant, neutre et impartial tout au long du processus si une petite entreprise locale est en litige avec une société cotée internationale ?  Comment organiser la médiation avec des traducteurs ? La co-médiation s’impose-t-elle parfois à l’avantage des parties en conflit ? Où et comment organiser concrètement et efficacement la médiation internationale quand les parties en litige travaillent à des km de distance et parlent des langues différentes ?
Sans nul doute, la médiation reste un mode de résolution de conflits adaptée à certaines circonstances. Mais il convient, à mon sens, de se souvenir à tous instants que les vrais décideurs de solution sont et doivent rester les parties en litige.  Le médiateur n’est finalement là que parce que ces parties l’ont décidé et il n’a d’autre autorité que celle qui lui est accordée par ces parties. Si la médiation aboutit, c’est parce que ces parties ont vraiment travaillé ensemble pour définir une solution efficace qui sera exécutée volontairement et qui purgera intégralement le conflit ayant crispé leurs relations d’affaires.
Il est bon de se rappeler constamment que la médiation ne reste possible et ne pourra se développer encore davantage au niveau local et international que si les parties adhèrent réellement au processus – raison pour laquelle il convient de sensibiliser les utilisateurs de la médiation des caractéristiques dudit processus et des avantages qu’ils ont à négocier en amont, dans leurs contrats, des clauses de résolution de litiges intégrant le recours à la médiation. »

« bMediation forme chaque année des médiateurs agréés en matière civile et commerciale. Sur la base de votre pratique, quel conseil donneriez-vous à un médiateur nouvellement diplômé ? »

« Être téméraire, mais pas trop. Faire preuve de ténacité, toujours. Travailler dur, et savoir se ressourcer.  Rester humble et faire preuve d’empathie.  Lire, étudier et rédiger des notes et des articles. Participer autant que possible à des réunions d’information et des séminaires.  Demander à pouvoir assister à une médiation réelle.  Suggérer d’être nommé co-médiateur.  Ne pas hésiter à faire du bénévolat et à bouger d’un pays à l’autre pour comparer sa pratique.  Garder les pieds sur terre et relativiser.  Sensibiliser les utilisateurs de la médiation sur le fait que ce processus leur permet de structurer eux-mêmes « la » solution adéquate, avec leur adversaire, et en présence d’un tiers médiateur qui temporise les débats. Et, pourquoi pas, participer tous les neuf mois au FORUM. »

 

[1] NDLR : https://www.uianet.org/fr/evenements/25e-forum-mondial-des-centres-de-mediation#media

[2] NDLR : pour une description plus détaillée de certaines sessions, le lecteur pourra lire avec intérêt l’article publié dans Le Moniteur de Seine et Marne https://www.lemoniteur77.com/forum-uia-chefs-de-juridiction-et-entrepreneurs-partagent-leurs-pratiques-3737.html

[3] NDLR : le dîner au Château de Ferrières à été sponsorisé par GTA LEXUS, FIDAL, la FFCM (fédération française des centres de médiation), et VDV AVOCATS.

[4] NDLR : le FORUM est organisé tous les 9 mois. Pour plus d’informations, voir les événements de l’UIA, sur son site internet, et le flyer « Save the date ».